Intervention au Congrès de l’ACRI/colloque international du CRIMT

J’interviendrai le vendredi 18 juin prochain au 47ème congrès de l’ACRI/colloque Internationale du CRIMT à l’Université de Laval (Québec) dans le cadre d’un atelier intitulé « Les voies du renouvellement théorique en relations industrielles ».

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Présentation de l’ACRI et du CRIMT

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L’ACRI (Association Canadienne des Relations Industrielles) est une association professionnelle pancanadienne qui a pour but de promouvoir la discussion, la recherche et la formation dans le domaine des relations industrielles.

L’ACRI regroupe des spécialistes du monde du travail provenant des milieux syndical, patronal, gouvernemental et universitaire et s’intéressant aux multiples dimensions des relations industrielles : relations patronales-syndicales, droit du travail, gestion des ressources humaines, syndicalisme, etc.

Le CRIMT (Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail) est un centre de recherche canadien qui se concentre sur les défis théoriques et pratiques du renouveau institutionnel en matière de travail et d’emploi à l’ère de la mondialisation.

La question centrale de recherche du CRIMT concerne la façon d’atteindre à la fois le bien-être économique des travailleurs et l’efficacité organisationnelle dans un contexte de plus en plus internationalisé.

Ces deux organismes se joignent cette année pour la tenu d’un congrès intitulé « Les systèmes de représentation au travail : à la mesure des réalités contemporaines ? »

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Présentation du congrès « Les systèmes de représentation au travail : à la mesure des réalités contemporaines ? »

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L’ère de mondialisation et les nouvelles technologies de l’information ont apporté de profonds changements dans la configuration des milieux de travail, dans la composition et les aspirations de la main-d’œuvre, et dans la gestion des ressources humaines, alors que les entreprises sont à la recherche d’avantages concurrentiels dans un environnement de plus en plus compétitif.

Ces transformations posent de réels défis aux institutions traditionnelles relatives à la représentation des travailleurs. La nature de ces défis sera explorée et débattue lors d’un colloque international qui se déroulera du 16 au 18 juin 2010 à l’Université Laval.

Plusieurs sujets seront donc abordés :

  • la pertinence des principes fondateurs des différents systèmes de représentation dans les milieux de travail actuels;
  • la façon dont les différents types de régimes de représentation traitent des questions relatives au travailleur contemporain;
  • les modèles et acteurs émergents dans le domaine des droits des travailleurs et leur représentation;
  • les types de politiques publiques, d’acteurs, de stratégies, de même que les ressources, les aptitudes et les recherches nécessaires pour repenser la représentation des travailleurs dans ces nouveaux milieux de travail.

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Présentation de l’atelier « Les voies du renouvellement théorique en relations industrielles »

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Le domaine des relations industrielles connaît une période de renouvellement théorique important depuis une dizaine d’années, avec l’apparition d’approches néo-institutionnallites, féministes, critiques (Critical Management, postmoderne, Foucaldienne), structurationnistes (Giddens), etc. Ces développements proviennent tant de chercheur.e.s issus de départements de relations industrielles que de départements de management, sociologie, sciences politiques, etc.

Face au succès remporté lors du congrès 2009 de l’ACRI par l’atelier portant sur ce thème, une nouvelle édition est programmée cette année.

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Résumé de ma communication :

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Ma communication se proposera de solliciter les travaux de Michel Foucault pour offrir une analyse critique des techniques managériales se développant dans le contexte de la « société de l’information » et éclairer les modalités d’exercice du pouvoir dans les entreprises contemporaines.

La mobilisation des approches foucaldienne pour l’étude des relations industrielles n’est pas novatrice. En la matière, il est cependant souvent fait référence à la société disciplinaire, que l’auteur détaille dans son célèbre ouvrage de 1975 Surveiller et punir.

Pour notre part, nous considérons cette grille de lecture comme de moins en moins pertinente pour analyser la société actuelle, dite « société de l’information », à l’origine de nouveaux défis théoriques.

Pour apprécier les évolutions apportées par ce nouveau régime technico-socio-économique, nous avons donc choisi de nous détourner des techniques disciplinaires pour privilégier celles de la biopolitique.

Cette réflexion, issue de ma thèse , s’appuiera sur l’étude de deux entreprises caractéristiques de la société de l’information :

–         Une Société de Services en Ingénierie Informatique

–         Un éditeur de logiciels

Nous commencerons par présenter brièvement les discours et pratiques de ces deux entreprises qui se donnent à voir comme des organisations humaines et démocratiques accordant une place centrale aux travailleurs, désormais considérés comme des acteurs autonomes et responsables.

A contre-courant de cette vision idyllique, nous proposerons de lire dans ces évolutions non pas un mouvement de démocratisation de l’entreprise et d’émancipation des travailleurs, mais plutôt le développement des techniques de coercition en entreprise.

Avec l’appui de plusieurs auteurs, nous proposerons ainsi de voir dans ces récits d’entreprise qui s’inspirent d’une rhétorique socialiste et libertaire et dans ces pratiques managériales qui jouent de la proximité et du dialogue une extension du domaine de la gestion aux domaines symbolique et subjectif. Le gérable, le calculable, le manipulable étend ainsi son emprise à ce qu’il y a de plus humain dans l’homme au travail, poursuivant le processus de « rationalisation du monde vécu » détecté en son temps par Max Weber au fondement même de l’Organisation Scientifique du Travail que nous tentons de dépasser depuis nombre de décennies.

Nous opèrerons ensuite un parallèle entre ces techniques de pouvoir et les travaux de Michel Foucault sur le biopouvoir.

Le biopouvoir marque en effet l’entrée de la vie dans la politique et dans le domaine des calculs explicites. A la faveur du développement des SHS, cette biopolitique semble progressivement évoluer en « psychopolitique » (Heller, 2005) à l’origine d’une véritable « ingénierie sociale et symbolique » (Floris, 1996).

La mobilisation des approches foucaldienne nous permettra ainsi de resituer historiquement ces techniques de gouvernementalité qui infiltrent aujourd’hui le monde de l’entreprise et de voir en elles non pas l’émergence de nouvelles formes de pouvoir mais le développement de techniques apparues au XVIIIe siècle.

La mobilisation des approches foucaldiennes nous permettra également de souligner l’importance centrale qu’occupe le savoir dans le développement de ces techniques de gouvernementalité.

Dans cette perspective, nous soulignerons le rôle déterminant que jouent la sociologie, la psychologie, l’anthropologie mais surtout la communication dans le management contemporain. C’est en effet par le biais de la communication institutionnelle et de la communication interpersonnelle que le pouvoir managérial cherche à étendre son emprise sur le travailleur dans ses dimensions sociologique, anthropologique et psychologique.

Savoir et communication apparaissent donc bien comme des enjeux centraux de cette « société de l’information » qui use également de ces deux qualificatifs pour se définir. Ces deux facteurs semblent cependant moins nourrir un mouvement de démocratisation – comme le sous-entendent les discours accompagnant l’émergence de cette nouvelle société – que le développement des pratiques coercitives.

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Bibliographie indicative :


BRUNEL, Valérie (2004). Les managers de l’âme. Le développement personnel en entreprise, nouvelle pratique de pouvoir ? Paris : La Découverte, 191 pages. ISBN : 2-7071-4386-3

DE GAULEJAC, Vincent (2005). La société malade de la gestion, idéologie gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social. Paris : Editions du Seuil, 275 pages. ISBN : 2-02-068912-X

ENRIQUEZ, Eugène (1997). Les jeux du pouvoir et du désir dans l’entreprise. Paris : Desclée Brouwer, 409 pages. ISBN : 2-220-04015-1

FLORIS, Bernard (1996). La communication managériale, la modernisation symbolique des entreprises. Grenoble : Presse Universitaires de Grenoble, 272 pages. ISBN : 2-7061-0713-8

FLORIS, Bernard (2000). « La gestion symbolique, entre ingénierie et manipulation ». Sciences de la société, mai-octobre 2000, n°50-51, pp. 173-196

FOUCAULT, Michel (2001). Dits et Ecrits, 1976-1988. Paris : Gallimard, 1735 pages. ISBN : 978-2-07-076290-3

FOUCAULT, Michel (2004). Naissance de la biopolitique, cours au Collège de France, 1978-1979. Paris : Gallimard, 355 pages. ISBN : 2-02-032401-6

FOUCAULT, Michel (2004). Sécurité, territoire, population. Cours au collège de France, 1977-1978. Paris : Gallimard, 435 pages. ISBN : 2-02-030799-5

HELLER, Thomas (2005). « De l’anatomopolitique à la psychopolitique ». Etudes de communication, n°28, pp. 59-75

ILLOUZ, Eva (2006). Les sentiments du capitalisme. Paris : Editions du Seuil, 201 pages. ISBN : 2-02-086255-7

OLIVESI, Stéphane (2006). La communication au travail, une critique des nouvelles formes de pouvoir dans les entreprises. Grenoble : Presses Universitaires de Grenoble, 198 pages. ISBN : 978-2-7061-1382-6

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Lien : programme du congrès

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