20. D’un constat d’échec à l’émergence de nouvelles perspectives (2) Pistes de recherche pour les théoriciens de l’organisation

Au terme de ce voyage autogestionnaire dans la société de l’information, les désillusions sont nombreuses. En ce qui concerne l’autogestion tout d’abord, qui s’avère être un modèle organisationnel certes alternatif mais également dégénératif et donc éphémère. En ce qui concerne la société de l’information ensuite qui se révèle être un contexte pas si porteur que ça pour le renouvellement et le développement des pratiques autogestionnaires.

Mais comme tout échec, ces constats se révèlent également porteurs de riches enseignements.

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Au-delà des pistes d’ « actions » que nous avons dégagées pour les praticiens de l’autogestion, ces constats d’échec nous semblent également porteurs d’enseignements forts pour les chercheurs en sciences humaines et sociales, notamment ceux qui s’intéressent aux phénomènes organisationnels et plus particulièrement aux phénomènes de changement organisationnel.

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Une invitation à l’infra rationnel

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Avant toute chose, s’impose ici une mise au point. A travers ces constats de dérives qui se révèlent comme autant d’échecs pour les expérimentations autogestionnaires, loin de nous l’idée d’incriminer les praticiens de l’autogestion.

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Mes études ont en effet parfois été mal reçues par les membres des coopératives étudiées, qui s’étonnaient du cruel plaisir que je semblais prendre à souligner leurs travers humains et les nombreux dysfonctionnements de leur organisation. Nous souhaiterions donc ici réitérer les propos tenus à certains d’entre eux : nous ne tenons pas les décalages que nous avons pu constater entre discours et pratiques comme des erreurs ou des échecs personnels. Pas plus que nous ne voyons dans les managers contemporains des entreprises TIC des « individus pervers »[1], nous ne tenons les praticiens autogestionnaires pour des incapables.

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Ces constats d’échec mettent plutôt en évidence l’existence de formes organisationnelles que l’on pourrait qualifier, dans le sillage de Christian Le Moënne, « d’infra-rationnelles », c’est-à-dire des formes organisationnelles qui émergent et se propagent sans qu’on en soit conscient et sans que l’on puisse totalement les maîtriser. Les organisations sont ici à appréhender comme des formes anthropologiques susceptibles d’acquérir une certaine autonomie par rapport à ceux qui les implantent, capables de reproduire des normes indépendamment – et même à l’encontre – des intentions de ceux qui les ont mises en place. Il arrive ainsi, comme le montrent bien les organisations autogérées que nous avons étudiées, que les « formes projets » échappent à ceux qui les ont inventées, que les ordres voulus se transforment en ordres non voulus. C’est alors que les formes organisationnelles vouées à émanciper les hommes en viennent à les aliéner un peu plus, et ceci indépendamment des objectifs de ceux qui les « portent », si humanistes soient-ils.

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Ces constats d’échecs nous enseignent ainsi que tout ne passe pas par la raison dans le domaine de l’homme et de la société, loin de là.

On retrouve ici pleinement la troisième « blessure narcissique » infligée par Sigmund Freud[2] à l’homme qui se pense pleinement conscient de ses pensées et de ses actes : l’humanité « ne peut pas prétendre à la pleine conscience et à la maîtrise de ce qu’elle est et de ce qu’elle fait »[3].

Comme le souligne Cornélius Castoriadis  dans la première partie de son ouvrage L’institution imaginaire de la société consacrée à la critique du marxisme : « l’on constate alors, avec Engels, que ’’l’histoire est le domaine des intentions inconscientes et des fins non voulues’’. Les résultats réels de l’action historique des hommes ne sont pour ainsi dire jamais ceux que les acteurs avaient visés »[4].

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Cette idée se retrouve encore chez Philippe Corcuff[5] qui, en s’appuyant sur Bourdieu, nous encourage à ne pas surestimer « la composante consciente des logiques sociales comme leur cohérence ». Une attitude encore largement développée dans les sciences humaines et sociales, qui oublient trop souvent « la part non-consciente des phénomènes sociaux comme des multiples circonstances qui ne dépendent pas de nous ».

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La redécouverte de l’infra rationalité se fait d’autant plus pressante pour les recherches en sciences humaines et sociales (SHS) à vocation critique. Sans ça, la critique risque de ne faire qu’ « inverser » la logique dominante en partageant l’un de ses présupposés fondamentaux : celui d’ « une conception des processus sociaux et historiques dérivant des calculs conscients des individus »[6]. Ces présupposés nous renvoient finalement l’image d’un homme qui n’agit qu’en fonction de buts conscients et de calculs conscients. Ils sont précisément à l’origine d’une conception mutilante et aliénante de l’homme contemporain, réduit à l’état d’homo oeconomicus.

La critique sociale, et les Sciences Humaines et Sociales qui peuvent lui servir de guide, doivent ainsi rester « sensible aux fragilités de l’action humaine face à ce qui lui échappe », aux « hétérogénéités », aux « discordances » et aux « embardées aléatoires du monde » qui ne cessent de « déborder sans cesse ces prétentions totalisatrices » [7].

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Nous souhaitons cependant ici nous éloigner de Philippe Corcuff et de son ancrage bourdieusien lorsque celui-ci survalorise les capacités de la connaissance en la matière. Philippe Corcuff repère en effet chez Pierre Bourdieu une « anthropologie de la liberté relative par la connaissance des déterminismes sociaux ». Dans une perspective toute spinoziste « la vraie liberté passerait alors par la connaissance des causes qui déterminent nos conduites ». Philippe Corcuff cite ainsi le post-scriptum de La misère du monde : « ce que le monde social a fait, le monde social peut, armé de ce savoir, le défaire ».

La survalorisation de la conscience et de la cohérence laisse ici place à la survalorisation de la rationalité.

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Nous estimons pour notre part que, pas plus qu’il n’y a de conscience totale, il n’y a de savoir absolu sur l’homme capable d’assurer son émancipation. Ces formes organisationnelles infra rationnelles nous encouragent ainsi à développer une autre conception de la connaissance et de la rationalité qui doivent être nécessairement appréhendées comme limitées.

Une conception qui fait évidemment référence à la théorie de la « rationalité limitée » d’Herbert Simon. Elle s’ancre cependant plus précisément dans la lignée de Cornélius Castoriadis, qui ajoute aux « trois grands ’’traumatismes’’ » infligés à l’humanité dont parlait Sigmund Freud un quatrième : « elle ne peut savoir que très peu de choses, et cela encore d’une façon fragmentaire, lacunaire, contradictoire et jamais assurée »[8].

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Nous retirons ainsi deux enseignements forts de nos travaux en ce qui a trait à l’autogestion :

  • Des pistes d’action invitant les praticiens autogestionnaires à la réorganisation permanente, à  l’ouverture, à l’autocritique et à la « pratique de soi » pour contrecarrer les facteurs dégénératifs intrinsèques à leurs formes organisationnelles ;
  • Des pistes théoriques invitant les théoriciens autogestionnaires à s’ouvrir à la dimension infra rationnelle des phénomènes qu’ils étudient et à développer une conception plus humble des connaissances qu’ils peuvent en produire.

Autant de perspectives qui dessinent une autre image de l’homme et de la connaissance qui ne pourront jamais prétendre atteindre une conscience totale, un savoir absolu et finalement une maîtrise complète des phénomènes socio-organisationnels.

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La perspective de nouveaux terrains à investir

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Au-delà des facteurs organisationnels et humains, il existe cependant d’autres variables qui influencent la trajectoire des expérimentations autogestionnaires et qui leur sont extrinsèques. Nous avons ainsi précédemment vu que le contexte socio-culturel et socio-économique actuel contraint les formes organisationnelles que peuvent prendre les expérimentations autogérées.

Le contexte fait ainsi intégralement partie de ces « forces »  infra-rationnelles qui façonnent les formes organisationnelles, parfois à l’encontre de nos intentions propres.

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Au plan théorique, l’étude de ces facteurs contextuels pourrait s’inspirer de la vision propensionniste développée par Karl Popper[9].

Elles peuvent ainsi se lire comme des « forces », invisibles mais « effectives », notion développée par Isaac Newton que Karl Popper a tenté de « généraliser » avec le concept de « propensions ». Ce terme désigne des « tendances, dispositions »  et permit à Karl Popper de rendre compte, dans le cadre de la mécanique quantique, de « la probabilité d’événements singuliers »[10]. A travers cette vision propensionniste, le monde n’apparaît plus comme « une machine causale » précise et déterminée à l’avance telle une horloge, mais « un processus de déploiement des possibilités » toujours ouvertes dont certaines s’actualisent grâce à des « propensions » élevées, sans pour autant être déterminées par ces dernières.

Et comme l’a souligné plusieurs fois Karl Popper, les propensions ne sont pas à appréhender comme des « propriétés inhérentes à un objet (…) mais comme des propriétés inhérentes à une situation, dont l’objet en question fait naturellement partie ». Qui plus est, ces situations, « et donc les possibilités objectives », changent constamment. Ainsi, « toutes les possibilités non nulles, y compris celles auxquelles sont attachées des propensions très petites, finiront par s’actualiser, pourvu qu’elles aient le temps de le faire ; autrement dit, pourvu que les conditions pertinentes se répètent assez souvent, ou demeurent constantes sur une durée suffisamment longue ».

Autant de facteurs qui nous encouragent à adopter une attitude « optimiste », comme nous y convie Karl Popper, envers l’autogestion. Nous nous proposons ainsi, dans la suite de nos recherches, de nous intéresser à ces « conditions pertinentes », à ces facteurs « situationnels » susceptibles de conférer à l’autogestion une propension élevée, de faciliter son actualisation et sa pérennité.

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Un contexte culturel, idéologique et institutionnel plus porteur : le Québec

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Nous avons pu voir au cours de ce travail à quel point le contexte idéologique, culturel et institutionnel français était peu porteur pour l’autogestion. Nous souhaiterions donc nous intéresser à un autre type de contexte culturel qui, à lire plusieurs auteurs, nous paraît plus favorable : celui de la société québécoise.

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Le Québec entretient en effet un lien fort avec l’autogestion de par son histoire. Avec l’Andalousie et la Catalogne, elle fait partie de ces « régions à caractère identitaire en apparence et aux revendications autonomistes, qui luttent pour le respect de leur langue, de leur histoire et de leur culture »[11]. Tout l’intérêt et la spécificité de « la société québécoise » résiderait précisément dans les « pratiques émancipatoires »[12] selon Gabriel Gagnon. Cet auteur juge ainsi « le Québec un terrain particulièrement propice»[13] pour l’autogestion. De même, Marco Silvestro et Jean-Marc Fontan estiment dans un texte plus récent que « l’histoire ancienne et récente de la réalité québécoise rend compte d’une réflexion en continu sur le thème de l’autogestion »[14].

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A contre-courant de ces auteurs, plusieurs sondages[15] témoignent actuellement du recul de la revendication indépendantiste et autonomiste au Québec, au fondement de l’ « imaginaire social » autogestionnaire de cette région du monde.

Pour autant, et contrairement à la France, le thème reste présent au sein de l’espace public et scientifique québécois. Il fut même d’une brûlante actualité au début de l’été 2009 avec l’ouverture puis la brusque évacuation du Centre Social Autogéré de la Pointe-Saint-Charles à Montréal[16]. Le monde scientifique québécois continue lui aussi de s’intéresser à la question, notamment le CRAC (Collectif de Recherche sur l’Autonomie Collective)[17] dont le programme de recherche courant jusqu’à 2010 vise à documenter les expériences autogestionnaires québécoises. Le CRAC identifie d’ailleurs un « renouveau d’intérêt pour les pratiques autogestionnaires » depuis le sommet des Amériques, qui s’est tenu en 2001. Les membres de ce collectif soulignent également la parution, en 2005, d’un ouvrage de la Fédération des communistes libertaires du Nord-Est (NEFAC) intitulé L’autogestion, une idée toujours neuve : une preuve que « l’idée refait du chemin »[18] selon eux. Notons également la pérennité de la revue Possibles – une référence dans ce domaine depuis 1976 – qui continuait de paraître en 2008, là où la revue française Autogestions s’est arrêtée en 1986.

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Les expérimentations autogestionnaires hors du contexte économique :

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Nous avons également vu que le contexte économique actuel participait grandement à l’abandon progressif des principes autogestionnaires :

  • la culture du « client roi » faisant du client le nouveau patron de l’entreprise contrecarre directement le projet autogestionnaire basé sur le rejet de toute hiérarchie instaurant une domination de l’homme sur l’homme ;
  • le contexte hyperconcurrentiel délie les réseaux économiques parallèles formés par les coopératives, les syndicats, les associations, les partis politiques de gauche ;
  • les exigences économiques actuelles viennent également limiter les possibilités de polyvalence et de rotation des tâches tout en générant une « angoisse » de la rentabilité qui éloigne les idéaux militants du début.

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Autant de facteurs qui nous encouragent à nous intéresser aux formes organisationnelles autogérées qui se développent hors de la sphère économique de la production et de la consommation, comme les communautés de vie « autonomes » ou les écolieux[19] (phénomène qui semble se développer avec la vague écologiste).

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Les communautés du Web 2.0 et du logiciel libre :

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En ce qui concerne le contexte sociotechnique, nous avons vu que si les NTIC n’aident en rien à lutter contre les forces dégénératives intrinsèques aux organisations autogérées (principalement humaines et non techniques) elles représentent en revanche une puissante « force » de relégitimation.

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Malgré nos désillusions, les NTIC et, plus largement, la société de l’information reste un terrain largement pertinent pour étudier les organisations à prétention collective et égalitaire, comme en témoigne bien l’idéologie du libre. S’offre ainsi un terrain d’exploration riche et novateur pour les théoriciens de l’autogestion.

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Nous aimerions ainsi nous intéresser de plus près aux formes organisationnelles qui se développent autour du web de deuxième génération et des logiciels libres. Nos études en la matière se révèlent en effet trop parcellaires pour le moment et ne peuvent prétendre être autre chose que des hypothèses qui restent à tester : l’étude du réseau Libre Entreprendre s’est en effet limitée à la documentation présente sur le site Internet de ce réseau et à un article paru dans un numéro de la revue Ecorev consacré à « repenser le travail avec André Gorz ». De son côté, le nombre pléthorique des métapages de la Wikipédia francophone représente un vaste terrain que nous n’avons fait que défricher pour le moment et que nous souhaiterions investir plus profondément.

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[1] LE GOFF, Jean-Pierre (2000). Les illusions du management, pour le retour du bon sens. Paris : La Découverte/Poche, 163 pages. ISBN : 2-7071-4190-9

[2] Qui fait suite à la « blessure » infligée par Copernic avec l’héliocentrisme – où l’humanité n’est plus le centre de l’univers – puis celle infligée par Darwin et sa théorie de l’évolution – où l’humanité n’apparaît plus comme absolument séparée de l’animalité

[3] CASTORIADIS, Cornélius (2009). Histoire et création, textes philosophiques inédits (1945-1967). Paris : Editions du Seuil, 301 pages. ISBN : 978-2-02-093225-7

[4] CASTORIADIS, Cornélius (1975). L’institution imaginaire de la société. Paris : Editions du Seuil, 538 pages. ISBN : 2-02-036562-6 [5ème édition revue et corrigée]

[5] CORCUFF, Philippe (2004). « La sociologie de Pierre Bourdieu : une nouvelle critique sociale ». Disponible sur : http://www.mediapart.fr/club/blog/philippe-corcuff/160609/la-sociologie-de-pierre-bourdieu-1-une-nouvelle-critique-sociale, consulté le 18 juin 2009

[6] CORCUFF, Philippe (2004). « La sociologie de Pierre Bourdieu : une nouvelle critique sociale ». Disponible sur : http://www.mediapart.fr/club/blog/philippe-corcuff/160609/la-sociologie-de-pierre-bourdieu-1-une-nouvelle-critique-sociale, consulté le 18 juin 2009

[7] CORCUFF, Philippe (2004). « La sociologie de Pierre Bourdieu : une nouvelle critique sociale ». Disponible sur : http://www.mediapart.fr/club/blog/philippe-corcuff/160609/la-sociologie-de-pierre-bourdieu-1-une-nouvelle-critique-sociale, consulté le 18 juin 2009

[8] CASTORIADIS, Cornélius (2009). Histoire et création, textes philosophiques inédits (1945-1967). Paris : Editions du Seuil, 301 pages. ISBN : 978-2-02-093225-7

[9] POPPER, Karl (1992). Un univers de propensions, deux études sur la causalité et l’évolution. Combas : Editions de l’Eclat, 79 pages. ISBN : 2-905372-60-5

[10] BOYER, Alain. « Avant propos : le déploiement des possibles ». Dans POPPER, Karl (1992). Un univers de propensions, deux études sur la causalité et l’évolution. Combas : Editions de l’Eclat, 79 pages. ISBN : 2-905372-60-5

[11] DUCHATEL, Julie (2008). « Quelques enseignements généraux et perspectives ». In CETIM. Produire de la richesse autrement : usines récupérées, coopératives, micro-finances…les révolutions silencieuses. Genève : CETIM, 92 pages,  pp. 149-171

[12] GAGNON, Gabriel (1988). « Le mouvement autogestionnaire québécois ». Dans GAGNON, Gabriel. RIOUX, Marcel. A propos d’autogestion et d’émancipation, deux essais. Institut Québécois de Recherche sur la Culture (IQRC), 190 pages, pp. 12-149

[13] GAGNON, Gabriel (1991). « Demain l’autogestion ». Dans GODBOUT, Jacques (dir.). La participation politique. Leçons des dernières décennies. Québec : Institut québécois de la culture, 301 pages, pp 207-218

[14] SILVESTRO, Marco, FONTAN, Jean-Marc (2005). « Vivre demain dans nos luttes d’aujourd’hui ». Possibles, printemps 2005, vol 29, n°2, pp. 100-117

[15]http://www.espacefrancais.com/francophonie/index.php?itemid=599

[16] http://www.centresocialautogere.org/

[17] http://www.crac-kebec.org/

[18] LAMBERT-PILOTTE, Geneviève, DRAPEAU, Marie-Hélène, KRUZYNSKI, Anna (2007). « La révolution est possible. Portait de groupes autogérés au Québec ». Possibles, vol 31, n°1-2,  pp.198-159

[19] http://ecolieuxdefrance.free.fr/

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