Intervention au XXXes Journées de l’AES, Belgique

J’interviendrai le jeudi 9 septembre prochain aux XXXes Journées de l’Association d’Économie Sociale qui se tiendront à Université du Travail Paul PASTUR de Charleroi (Belgique) et qui auront pour thème les « Transformations et innovations économiques et sociales en Europe : quelles sorties de crise ? Regards interdisciplinaires ».

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Présentation de l’AES

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L’Association d’Économie Sociale (AES) a été fondée il y a trente ans dans un contexte de crise économique. Elle s’est d’emblée positionnée en rupture avec la croyance selon laquelle les États modernes avaient désormais les moyens d’entretenir une croissance permanente au moyen de politiques « scientifiquement » fondées.

L’AES a ainsi vocation à fonder théoriquement, comparer et évaluer les institutions et les politiques sociales qui se présentent comme autant d’amortisseur aux phénomènes de crise, tout en pensant une autre régulation pour l’Europe.

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Dans ce cadre, l’AES considère que l’Economie Sociale représente un terrain privilégié pour analyser les transformations et les recompositions économiques et sociales à l’œuvre dans un contexte de crise. Il s’agit ainsi d’analyser les dynamique d’innovation sociale pour penser les sorties de crise en Europe.

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Les XXXes journées de l’AES qui se dérouleront les 9 et 10 septembre à Charleroi souhaitent tirer un bilan des mutations qui sont intervenues en ce domaine dans le contexte d’une nouvelle crise économique.

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Présentation du colloque

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Ces journées nous invitent à penser les transformations et recompositions à l’œuvre à partir de trois niveaux :

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–         L’institution : normes et politiques européennes, recomposition et innovation des régimes de protection sociale, territoires et politiques régionales dans un contexte européen, rôle de la connaissance /  évaluation et politiques publiques.

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–         L’organisation : innovation sociale et économie sociale et solidaire, RSE et entreprenariat social, analyse comparée des performances des entreprises lucratives, sociales et publiques.

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–         Les groupes sociaux et les individus : Inégalités, discriminations et relations au travail, Analyse des trajectoires des personnes / parcours de vie.

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Résumé de ma communication

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Ma communication prendra place dans le second axe et se proposera d’interroger l’hypothèse de l’émergence d’un modèle de régulation autogestionnaire à l’heure de la société de l’information, question centrale de mon travail de recherche.

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Le modèle de régulation prôné par l’utopie autogestionnaire – pourtant réputée utopique et désuette- se révèle en effet d’une pertinente actualité dans le cadre d’une société dite « de l’information », basée sur des biens non exclusifs et non rivaux qui rendent caduque la propriété privée ainsi que sur de nouvelles technologies qui offrent l’espoir d’une plus large démocratie. Une perspective qui n’aurait certainement pas déplu à Pierre-Joseph Proudhon, considéré comme le père de l’autogestion.

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L’objectif de mon travail de recherche est de « mettre à l’épreuve » cette hypothèse en s’interrogeant sur les innovations socio-organisationnelles dont sont porteuses les nouvelles formes organisationnelles et les expérimentations autogérées à l’heure de la « société de l’information ».

Ce travail s’appuie ainsi sur l’analyse comparée de coopératives autogérées et d’organisations du secteur des TIC (SSII, SSLL, éditeurs de logiciels, Wikipédia) pour identifier leurs similitudes et leurs différences ainsi que leurs apports et limites respectives en termes d’innovations socio-organisationnelles.

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Cette communication s’intéressera dans un premier temps aux entreprises du secteur des TIC, donc les discours s’inspirent largement de la rhétorique autogestionnaire et, plus largement, de celle de l’Economie sociale en prônant une économie au service de l’homme.

Mais si la nature des métiers de l’informatique favorise bien le développement de pratiques plus coopératives et égalitaires, ces tendances autogestionnaires restent largement limitées au micro-niveau des équipes de travail par la persistance des conceptions organisationnelles et communicationnelles classiques maintenant la division générale du travail entre dirigeants et dirigés. Dans ces conditions, les innovations amorcées s’apparentent à un « changement de type 1 » où « plus ça change, plus c’est la même chose »[1].

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Les coopératives autogérées étudiées sont quant à elles porteuses d’une réelle alternative organisationnelle en cherchant  à mettre en œuvre une autogestion élargie à tous les domaines de l’entreprise apte à dépasser la coupure artificielle qui distingue les dirigeants des dirigés. Leur volontarisme en la matière est cependant contrecarré par de multiples facteurs :

  • des facteurs contextuels – notamment économique et culturel – marginalisant et contraignant les organisations autogérées qui sont, de fait, limitées en nombre ;
  • des facteurs organisationnels qui en limitent la taille du fait de la nécessaire participation de tous aux prises de décision ;
  • des facteurs humains enfin, les multiples imperfections humaines et la complexité des relations interpersonnelles les faisant dévier vers des formes organisationnelles hiérarchisées, inégalitaires et aliénantes.

Autant de constats qui viennent largement confirmer les hypothèses d’Albert Meister (1974) sur l’inéluctable dégénérescence de ces formes organisationnelles, dont le potentiel alternatif se révèle limité dans la durée.

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Les organisations médiatisées par les TIC prônent quant à elles des principes de fonctionnement très proches de l’autogestion, au point parfois d’utiliser ce terme pour se qualifier.

Elles semblent cependant tiraillées entre deux modes de régulation, comme en témoigne bien l’opposition entre le mouvement du libre et celui de l’open source – dont l’un prône l’égalité, la coopération et la liberté dans une perspective politique et l’autre les défend au nom de l’efficacité.

Par ailleurs, si leurs pratiques sont également proches de celles des coopératives autogérées, elles connaissent également les mêmes difficultés qu’elles aux niveaux organisationnel et humain.

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En conclusion nous soulignerons le caractère ambivalent voire pessimiste de cette recherche en ce qui concerne le mode de régulation actuellement en émergence avec la société de l’information. Mais peut-être est-il préférable de laisser ouvert l’horizon des possibles…

Ces recherches nous montrent par ailleurs que si l’autogestion incarne bien un mode de régulation alternatif, celui-ci ne peut prétendre se généraliser et se pérenniser. Il n’en est pas moins efficient et possible mais passe par une révolution paradigmatique qui nécessite de rompre avec certains présupposés pour repenser les processus de changements organisationnels.

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Liens :

Site de l’AES

XXXes journées de l’AES

Programme  du colloque

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[1] WATZLAWICK, Paul, FISCH, Richard, WEAKLAND, John (1975). Changement, paradoxes et psychothérapie. Paris : Editions du Seuil, 189 p.

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