Choix des terrains

Régulièrement, je tenterai de faire part de l’avancée de mes travaux post-doctoraux réalisés dans le cadre du CRISES.

Mes recherches venant à peine de débuter, j’ai pour le moment peu d’éléments à transmettre.

L’étape préliminaire de la recherche de terrains est cependant une phase cruciale qui révèle déjà de nombreuses choses.

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A l’instar de notre travail de thèse, cette recherche s’appuiera sur deux types de terrains :

  • des expérimentations autogérées
  • des organisations des TIC (Technologies de l’Information et de la Communication)

Ici encore, nous continuerons à interroger le processus d’innovation socio-organisationnel : les diverses formes qu’il revêt mais également les multiples difficultés qu’il rencontre.

Nous continuerons également à traquer les liens qui unissent l’univers autogestionnaire et le monde des nouvelles technologies, d’apparence si contrastés.

Enfin, nous testerons l’hypothèse selon laquelle le Québec représenterait un terrain porteur de propensions favorables à l’autogestion. Pour des questions pratiques, nous circonscrirons cependant notre recherche à la région de Montréal.

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Et Montréal se révèle effectivement être un terrain de choix quant à nos problématiques de travail. Au-delà de l’enthousiasme que suscite toujours la découverte d’un nouveau terrain (surtout lorsqu’il s’agit du Québec pour un français), cette première étape semble en effet confirmer nombre de nos hypothèses tout en présentant des caractéristiques intéressantes.

En seulement un mois d’investigations basées sur la lecture de documents du CRISES, éclairées par Diane-Gabrielle Tremblay et complétées par des recherches Internet, nous avions déjà répertorié une vingtaine de structures dans le domaine de l’autogestion et des TIC susceptibles de répondre à nos attentes.

Cette étape s’était révélée bien plus laborieuse en France où nous n’avions finalement retenu que quatre terrains, qui plus est très éloignés géographiquement.

Cette première étape semble ainsi confirmer notre hypothèse inspirée des travaux du CRISES selon laquelle le Québec, et notamment Montréal, représenterait un contexte socioculturel porteur pour l’autogestion, contrairement à la France.

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A travers cette recension, nous avons également identifié plusieurs terrains liant fortement l’autogestion et les TIC.

Un constat qui, pour sa part, semble confirmer la validité de notre hypothèse de départ postulant un lien ténu entre ces deux univers de nature pourtant différentes (politique d’un côté, technique de l’autre).

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Nous avons dans un second temps affiné notre sélection en nous documentant sur chacune des structures repérées. Principalement basée sur des documents disponibles sur Internet (site internet des structures, dossiers de presse, articles journalistiques et scientifiques, monographies, vidéos, newsletters, rapports annuels, règlements, constitution, procès-verbaux et compte-rendu de réunions), cette recherche visait à préciser :

  • le secteur d’activités de chaque structure,
  • leur statut juridique,
  • leur date de création,
  • leur nombre de membres et de salariés
  • leurs missions et objectifs
  • leurs valeurs
  • leurs principes de fonctionnement (instances de gouvernance, critères d’embauche et d’intégration, procédures d’élection et de prises de décisions…)
  • leur historique et évolution

Un inventaire qui nous a parfois permis de repérer certaines difficultés que nous avions déjà observées dans les coopératives autogérées françaises, voire le début d’une dégénérescence organisationnelle. Ces aspects restent évidemment à approfondir via une enquête de terrain mais attestent cependant dores et déjà des limites de l’autogestion et de la complexité des processus d’innovation socio-organisationnelle, même dans un contexte a priori porteur.

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Nous avons ainsi retenu 14 terrains que nous étudierons en deux phases (nous doutons cependant que toutes ces structures répondent à nos sollicitations et notre échantillon de départ risque donc d’en être amputé).

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Le premier groupe de terrains est composé de trois structures qui se revendiquent de l’autogestion et de trois organisations du secteur des TIC. Ce groupe se veut ainsi équilibré quant à nos deux objets d’étude (l’autogestion et les TIC) mais également quant à la taille et l’ancienneté des structures étudiées (environ 5, 10 et 15 ans d’ancienneté avec 10, 20 ou 50 membres dans les deux cas), deux variables importantes qui représentent autant d’obstacles aux pratiques autogestionnaires.

Ces deux catégories sont également chacune homogènes quant à leur secteur d’activité. Les organisations autogérées sélectionnées sont toutes des coopératives de travail officiant dans le milieu de la restauration et des activités culturelles. Au vu de cette recension, il semble que les expérimentations autogérées montréalaises prennent souvent la forme de café bars à vocation militante et culturelle. Les organisations du secteur des TIC sont pour leur part de statut juridique différent (coopérative de travail, entreprise comptant une coopérative de travailleurs actionnaires, OSBL) mais travaillent toutes en lien avec les nouvelles technologies (formation, services et développement). Deux d’entre elles travaillent plus précisément au service des groupes sociaux et communautaires de Montréal.

Notons ici que nos trois organisations des TIC sont très liées à l’univers autogestionnaire : la première s’en revendique même clairement dans ses « principes fondateurs ». La seconde est intimement liée aux milieux communautaires dont la philosophie recoupe pleinement l’utopie autogestionnaire. La dernière, enfin, prône des principes de fonctionnement très similaires qui semblent avoir des implications organisationnelles fortes et ne pas se réduire à de simples déclarations d’intention ou discours marketing.

Parmi ces six terrains, certains présentent par ailleurs des caractéristiques intéressantes quant à des problématiques et questionnements qui ont émergés au cours de notre thèse : structuration en réseaux, combinaison d’infrastructures matérielle et virtuelle, liens ténus entre innovation technique et sociale, évolution organisationnelle, surinvestissement passionné et parfois sacrificiel, conflits interpersonnels, place des femmes…

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Le second groupe, qui compte huit organisations, est plus disparate et visera à approfondir notre recherche en diversifiant les exemples et les figures de cas. Il nous permettra également d’approcher trois terrains (un autogestionnaire et les deux autres techniques) qui se déploient hors du domaine économique, milieu qui participe lui aussi activement à la dégénérescence des organisations autogérées.

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Il est à noter qu’une bonne moitié de ces quatorze terrains gravitent autour des arrondissements du Plateau Mont-royal et de Ville-Marie, cœur de la vie diurne et nocturne de Montréal (Ville-Marie abrite en effet le « quartier des affaires » et le « village gai », le « Plateau » est quant à lui célèbre pour ses nombreux bars et restaurants). Une telle concentration géographique risquait évidemment de biaiser nos constats en les limitant à des quartiers « privilégiés ».  D’autres structures viennent cependant diversifier notre panel : deux sont situés dans l’arrondissement Hochelaga-Maisonneuve, réputé pour être moins favorisé ; deux autres sont situés à Laval, l’île située au-dessus de l’île de Montréal.

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Nous avons enfin pu constater les multiples liens de partenariat qu’entretiennent ces diverses structures, directement ou via des organismes communautaires. Cet enchevêtrement nous dévoile ainsi le réseau solide que forment les organisations communautaires et expérimentations autogérées de Montréal, contrairement aux réseaux français de l’économie sociale qui semblent se déliter sous le poids du contexte économique.

Un état de fait qu’il reste à prouver mais qui pourrait expliquer la facilité avec laquelle nous avons pu identifier des structures adaptées à nos objets d’étude et à notre problématique, en comparaison de nos recherches doctorales menées en France.

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