Mon post-doc

« Autogestion et organisations des TIC dans la société de l’information québécoise »

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Les recherches menées dans le cadre de ce post-doctorat s’inscrivent dans la lignée de mes travaux de doctorat, ici transposés au contexte québécois.

Le Québec paraît en effet porteur de plusieurs caractéristiques qui font directement écho à la problématique de notre programme de recherche consistant à mettre à l’épreuve le potentiel autogestionnaire de la société de l’information.

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Tout d’abord, le Québec est un territoire géographique particulièrement bien ancré dans la société de l’information : il « se classe parmi les dix premières [puissances mondiales] en ingénierie, en technologie de l’information, en multimédia »[1]. Avec sa cité du multimédia, Montréal appartient aux grandes villes « high-tech » du monde selon la célèbre revue Wired. Au point que le « Québec inc. », qui désigne le modèle de développement adopté par la « belle province », est parfois rebaptisé « Québec.com ».

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Par ailleurs, le Québec entretient un lien fort avec l’autogestion de par son histoire. Avec l’Andalousie et la Catalogne, elle fait partie de ces « régions à caractère identitaire en apparence et aux revendications autonomistes, qui luttent pour le respect de leur langue, de leur histoire et de leur culture »[2]. Tout l’intérêt et la spécificité de « la société québécoise » résiderait précisément dans les « pratiques émancipatoires »[3] selon Gabriel Gagnon.

Cet auteur affirmait ainsi dès les années 1970 qu’en tant que « société à tradition égalitaire et participationniste, le Québec pourrait plus que bien d’autres pays se rapprocher de ce rêve permanent des travailleurs qu’est le contrôle non seulement de l’Etat mais encore de la région, de la municipalité, de l’entreprise par la majorité de ceux qui y habitent ou y travaillent et non par une minorité de possesseurs de capitaux »[4]. Un point de vue soutenu par les politiques de l’époque, notamment le Parti Québécois avec son manifeste de mai 1972 intitulé « Quand nous serons vraiment maîtres chez nous ». Les années 1970 furent également marquées par une grande expérimentation autogestionnaire : Tricofil – le LIP québécois- qui servit alors d’« analyseur » à cette société en quête de nouvelles aspirations. Notons cependant que, tout comme en France, le mouvement autogestionnaire de l’époque n’a pas toujours été aussi structuré et révolutionnaire que le laissaient entendre les sociologues engagés de l’époque[5].

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Mais contrairement à la France, l’aventure autogestionnaire québécoise, certes diffuse, semble s’être poursuivit. Gabriel Gagnon renouvelle ainsi ses propos dans les années 1990 : « nous croyions le Québec un terrain particulièrement propice au développement d’un socialisme inspiré davantage de l’autogestion que du marxisme traditionnel (…) Tout compte fait, on n’a pas fini de parler d’autogestion et de cogestion au Québec. Bien au contraire, l’évolution du monde et les aspirations nouvelles de notre société nous permettent d’espérer un Québec où, moins aliénant et mieux partagé, le travail pourrait devenir pour tout le monde un véritable processus d’émancipation »[6]. De même, Marco Silvestro et Jean-Marc Fontan dans un texte plus récent estiment que « l’histoire ancienne et récente de la réalité québécoise rend compte d’une réflexion en continu sur le thème de l’autogestion »[7].

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A contre-courant de ces auteurs, plusieurs sondages[8] témoignent actuellement du recul de la revendication indépendantiste et autonomiste au fondement de l’ « imaginaire social » autogestionnaire du Québec. Pour autant, et contrairement à la France, le thème reste présent au sein de l’espace public et scientifique québécois. Il fut même d’une brûlante actualité au début de l’été 2009 avec l’ouverture puis la brusque évacuation du Centre Social Autogéré de la Pointe-Saint-Charles à Montréal[9]. Le monde scientifique québécois continue lui aussi de s’intéresser à la question, notamment le CRAC (Collectif de Recherche sur l’Autonomie Collective)[10] dont le programme de recherche courant jusqu’à 2010 vise à documenter les expériences autogestionnaires québécoises et à étudier « les défis et les contradictions de la pratique de l’autogestion dans le contexte actuel »[11]. Les membres de ce collectif soulignent également la parution, en 2005, d’un ouvrage de la Fédération des communistes libertaires du Nord-Est (NEFAC) intitulé l’autogestion, une idée toujours neuve : une preuve que « l’idée refait du chemin » selon eux.

Notons enfin la pérennité de la revue Possibles – une référence dans ce domaine depuis 1976 – qui continuait de paraître en 2008, là où la revue française Autogestions s’est arrêtée en 1986.

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En transposant notre problématique de départ au terrain québécois, nous nous inscrivons dans l’une des hypothèses structurantes du CRISES postulant que « le cadre et le contexte institutionnels québécois offrent des conditions particulièrement favorables au développement » des innovations sociales dont est notamment porteuse l’Economie Sociale et Solidaire[12]. Une hypothèse également défendue par le Réseau Québécois en Innovation Sociale constatant qu’ « au Québec, il existe divers instruments, mesures d’accompagnement et outils, financiers ou autres, sur lesquels peuvent compter et s’appuyer les promoteurs d’innovations sociales. Depuis quelques années, certains modes de soutien ont été créés dans le but avoué de favoriser le développement d’innovations sociales »[13].

Comme le soulignent Jean-Louis Klein, Marc Fontan, Denis Harrisson et Benoît Lévesque : « l’intérêt d’examiner le cas québécois réside dans le fait qu’il représente bien un type de configuration, soit celui où la cohésion sociale est relativement forte et où la société civile est représentée non seulement par les syndicats mais par de nombreuses autres composantes ; une société qui favorise facilement les innovations incrémentielles et, à l’occasion de situations plus difficiles, des innovations radicales »[14] qui pourraient notamment s’inspirer de l’utopie autogestionnaire.

Telle est l’hypothèse que nous allons mettre à l’épreuve au cours des prochains mois.

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A l’instar de notre travail de thèse, cette recherche s’appuiera sur deux types de terrains :

  • Des expérimentations autogérées
  • Des organisations des TIC (Technologies de l’Information et de la Communication)

Ici encore, nous continuerons à interroger le processus d’innovation socio-organisationnel : les diverses formes qu’il revêt mais également les multiples difficultés qu’il rencontre.

Nous continuerons également à traquer les liens qui unissent l’univers autogestionnaire et le monde des nouvelles technologies, d’apparence si contrastés.

Enfin, nous testerons l’hypothèse selon laquelle le Québec représenterait un terrain porteur de propensions favorables à l’autogestion.

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Par ce travail, nous tenterons d’éclairer concrètement les opportunités et limites que l’autogestion rencontre dans le contexte de la société de l’information québécoise au regard du contexte français, un travail comparatif qui permettra notamment de préciser le « modèle  québécois ».

Plus globalement, il s’agira de tirer tous les enseignements possibles dont sont porteuses ces pratiques qui se veulent alternatives pour la compréhension des phénomènes organisationnels et des processus d’innovation sociale.

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Note de recherche finale « l’autogestion dans la société de l’information québécoise »:

sur le site de la Chaire de recherche du Canada sur les enjeux socio-organisationnels de l’économie du savoir

sur le site du Centre de Recherche sur les innovations sociales

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Note de recherche sur l’autogestion et l’Agilité

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[1] PAQUIN, Stéphane (2001). La revanche des petites nations, Le Québec, l’Ecosse et la Catalogne face à la mondialisation. Québec : VLB Editeur

[2] DUCHATEL, Julie (2008). « Quelques enseignements généraux et perspectives ». In CETIM. Produire de la richesse autrement : usines récupérées, coopératives, micro-finances…les révolutions silencieuses. Genève : CETIM, pp. 149-171

[3] GAGNON, Gabriel (1988). « Le mouvement autogestionnaire québécois ». Dans GAGNON, Gabriel. RIOUX, Marcel. A propos d’autogestion et d’émancipation, deux essais. Institut Québécois de recherche sur la culture (IQRC), 190 pages, pp. 12-149

[4] GAGNON, Gabriel (1973). « Les voies de l’autogestion ». Dans GAGNON, Gabriel, MARTIN, Luc. Québec 1960-1980. La crise du développement. Matériaux pour une sociologie de la planification et de la participation. Montréal : Editions Hurtubise HMH, pp. 143-156

[5] LEPAGE, Jean-François (2005). « Les sociologues québécois et le mouvement autogestionnaire ». Possibles, vol 29, n°2

[6] GAGNON, Gabriel (1991). « Demain l’autogestion ». Dans GODBOUT, Jacques (dir.). La participation politique. Leçons des dernières décennies. Québec : Institut québécois de la culture, pp 207-218

[7] SILVESTRO, Marco, FONTAN, Jean-Marc (2005). « Vivre demain dans nos luttes d’aujourd’hui ». Possibles, printemps 2005, vol 29, n°2, pp. 100-117

[8] http://www.espacefrancais.com/francophonie/index.php?itemid=599

[9] http://www.centresocialautogere.org/

[10] www.crac-kekec.org

[11] LAMBERT-PILOTTE, Geneviève, DRAPEAU, Marie-hélène, KRUZYNSKI, Anna (2007). « La révolution est possible. Portait de groupes autogérées au Québec ». Possibles vol 31, n°1-2, p. 198-159

[12] TARDIF, Carole sous la direction de Denis Harrisson (2003). « Complémentarité, convergence et transversalité : la conceptualisation de l’innovation sociale au CRISES ». Cahiers du CRISES, collection études théoriques. EN ligne sur : http://www.crises.uqam.ca/cahiers/ET0513.pdf, consulté le 2 octobre 2009

[13] ROLLIN, Joanie, VINCENT, Valérie (avec la collaboration de HARRISSON, Denis) (2007). Acteurs et processus d’innovation social au Québec, document de synthèse. Projet de Réseau Québécois en Innovation Social (RQIS)

[14] KLEIN, Jean-Louis, FONTAN, Marc, HARRISSON, Denis, LEVESQUE, Benoît (2009). « L’innovation sociale au Québec : un système d’innovation fondé sur la concertation ». Cahiers du CRISES, collection études théoriques. En ligne sur http://www.crises.uqam.ca/cahiers/ET0907.pdf, consulté le 1er octobre 2009

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